Dans les années 30, après plusieurs séjours à Auvers sur Oise, Otto Freundlich fait le projet de deux routes de sculptures monumentales traversant l’Europe, l’une selon un axe Ouest/Est, l’autre du Nord au Sud. La première reliant Paris à Moscou devait symboliser la Paix entre les peuples, et se nomme ainsi Strasse des Friedens. La seconde, rejoignant la Hollande de Van Gogh à Aix en Provence, pays de Cézanne, s’intitulait "Route de la Fraternité". A la croisées des deux Routes, à Auvers sur Oise, Otto Freundlich avait prévu l’édification d’une oeuvre architecturale d’ampleur, le "Phare des sept arts", et dans son rayonnement immédiat, la construction de résidences pour artistes, un hôtel et une piscine sur les bord de l’Oise ! « Il était prévu de regrouper autour du centre du phare des ateliers et des espaces d’habitation pour professeurs et étudiants ainsi qu’un hôtel pouvant accueillir les visiteurs et une piscine »... (cf. Otto Freunlich (1878-1943). Le Phare des Sept Arts de Joachim Heusinger von Waldegg, 2007, p. 46).
Conçu en 1936 à Paris, ce projet d’entrelacs de deux chemins trans-européens de "sculptures-Montagnes" ou de "scultpures-Menhirs" - comme les nommait Otto Freundlich - symbolisant la paix et la fraternité fut rendu impossible ... par la nouvelle guerre qui déjà grondait. Après maints croquis, Otto Freundlich ne put faire qu’une maquette en carton du "Phare des Septs Arts", juste avant sa disparition en 1943, c’est-à-dire ... à Saint-Martin de Fenouillet, à trois pas de vent de Taïchac et de sa Tour médiévale, déjà en ruine.
On connaît aujourd’hui l’allure du "Phare des Septs Arts", grâce à Jeanne Kosnick-Kloss qui, juste Après-Guerre, en fit une sculpture en plâtre, qu’elle donna plus tard à l’ "Association des Amis d’Otto Freundlich", dont le fonds fut accueilli par la suite au Musée de Pontoise.
En 1978, le sculpteur Leo Kornbrust initie en Saxe à St Wendel un symposium de sculptures monumentales, immédiatement relié au projet avant-coureur d’Otto Freundlich, et qui comme tel, deviendra la première réalisation, par des artistes-témoins postérieurs, de la Strasse des Friedens (Route de la Paix), imaginée par Freundlich.
En 2007, après trente ans d’efforts acharnés, la "Strasse des Friedens" reliait, grâce à l’énergie de Leo Kornbrust, Pontoise (le Musée Tavet-Delacour : fonds Otto Freundlich) à Lublin-Maïdanek, en passant par Verdun (Le centre Mondial de la Paix), la Belgique (Rossignol-Tintigny), le Luxembourg (Le Parc Naturel Oewersauer et le Jardin de Wiltz), l’Allemagne (la Voie des Sculptures de Sankt Wendel, l’Académie Européenne d’Otzenhausen, le Symposium des Sculpteurs sur Acier de Dillingen, les Pierres à la Frontière dirigée en Sarre, la Voie des Sculptures de Salzgitter-Bad et de la Fondation de la Sculpture à Berlin), la Pologne (de Slupsk, ville natale d’Otto Freundlich, en passant par le Centre de Sculptures d’Oronsko, jusqu’à Lublin-Maïdanek en Poméranie, où disparut Freundlich en 1943). La Strasse des Friedens (axe Ouest/Est) était jalonnée à cette date par une soixantaine de "sculptures-montagnes".
Le 18 mars 2009, à l’occasion d’un documentaire réalisé par Gabi Bollinger sur la Strasse des Friedens, et de son premier réalisateur, le sculpteur allemand né en 1929 est en visite dans le Fenouillèdes. Fortuitement est organisée par la cinéaste allemande une rencontre à Taïchac entre l’artisan de la Route de la Paix, Leo Kornbrust, et les premiers porteurs du projet "Recréer Taïchac", Bertrand Revol et Marthe de Lapresle. Mutuellement surpris d’une telle rencontre, au-delà des langues et des âges, Leo Kornbrust propose immédiatement de faire du C.A.M.I. de Taïchac, et de sa première sculpture commandée en hommage à Otto Freundlich, l’étape initiale de la "Route de la Fraternité" (axe Nord/Sud), encore jamais inaugurée.
Passage de témoin, des frontières et des siècles ...



envoyer par mail